8 Août 1915
Monsieur,
Un journal du 8 juillet nous apprend que vous correspondez avec mon mari, aussi je prends la liberté de vous demander davoir la bonté de lui faire parvenir cette lettre.
Recevez, Monsieur, lassurance de ma très grande reconnaissance.

Caporal
249eme bataillon dinfanterie
26eme compagnie Dépôt à Limoges

Jai été bien heureuse dapprendre par la lettre de Louis du 3 juin que vous étiez encore ensemble, que tu étais guéri, bien guéri dit-il, ; mais je comprends que ta blessure a dû être grave puisque tu as été si longtemps à être rétabli ; si au moins javais pu te soigner, comme cela ; quand je pense que tu as été soigné par des étrangers, tu penses si jai gros cur ; mais enfin je me suis bien promis de ne pas tattrister et pourtant il faut bien que je te dise mon inquiétude à ton sujet.
Te voilà guéri ; Louis ne nous dit pas ce que tu vas devenir ; la pensée que tu repartiras, que tu es peut-être maintenant au feu me poursuit toujours mais malgré tout jai confiance et je ne veux pas te décourager, loin de là. Je veux au contraire que ma lettre soit un petit rayon de soleil dans ton ciel tout gris et pour cela je commencerais par te parler de notre petit Coco.
Elle se porte très bien, voilà quelle a 1 an ; nous étions si heureux à sa naissance, pourquoi faut-il que cette maudite guerre ! ! ! Enfin je te disais que notre Nenette était charmante pleine de santé. Tu as dû en juger si tu as reçu son portrait. Depuis elle est grandi ses cheveux vont bruns ses yeux sont bleus, elle a 8 dents ; elle dit beaucoup de mots Papa suss, du pain, à boire, un train, les dadas (ils ne sont pas Français malheureusement les dadas) les bébés et beaucoup dautres mots encore quelle répète après mous, elle ne marche pas encore seule mais elle se tient très bien je crois que ce sera pour bientôt pour cela son petit cousin Louis est plus avancé et il doit marcher maintenant. Eliane est venu il y a 15 jours Maman allait bien ainsi que les enfants elle est venue avec Raymond le mois dernier elle était venue avec Eliane. Cest elle que Louis va trouver changer elle cause comme une grande personne.
Enfin nous faisons notre possible pour nous voir de temps en temps, lennuyeux cest quil faut des laissez-passer et on ne réussi pas toujours ; Du reste il est inutile que je commence à vous raconter tous les inconvénients dune ville occupée ce serait trop long autant dire tout de suite que nous sommes comme prisonniers, séparés du reste du monde, et on punit comme on punit toute une classe pour la faute dun seul élève. Mais rassurez vous ce sont des punitions que lon supporte facilement et avec patience, toujours en pensant que vous autres vous moment êtes bien autrement malheureux. Ainsi les Lillois doivent êtres rentrés chez eux à 5 heures, Lossois sont les privilégiés ils ont la permission de 8 heures, enfin cest pour vous donner un petit à échantillon, je dis vous car je vous vois toujours deux.
Jen profite pour remercier Louis de nous donner ainsi des détails. Si tu voyais comme ses lettres sont reçues ; comme on lit et relit, où quand on a ainsi des nouvelles on dirait que la guerre va finir bien vite et que lon va vous revoir tous bientôt. Quand on parle ensemble du retour on oubli un instant les tristes événements et lon cause de ce jour avec animation, mais quand ! ! !
Si tu peux me répondre dis bien ce que tu penses, écrit longuement (cest le même prix) on est si heureux davoir un peu de détails.
Ici nous nous portons tous bien. Père et mère supportent avec patience cette longue épreuve pour leur âge. La petite Nenette est leur jouet, que dirais-je de Marie tu sais comme elle aimait Nenette ce nest quà ça quon peut comparer lamour quelle a pour celle-ci. Cest vraiment une adoration, 100 fois par jour tu lentendrai dire viens mon trésor.
Alfred est aussi un peu consolé car on vient dapprendre que son père est à Lyon, en bonne santé. Enfin tous ensemble nous ne pensons et nous ne causons que des absents, nous prions beaucoup et le soir ensemble le bon Dieu et la Sainte Vierge nous exaucerons. Notre confiance est si grande inutile de te dire que la grande Nenette se joint à nous, nous allons la voir si souvent elle est aussi bien fière de sa petite nièce.
Mon oncle Henri vieillît très fort mais se porte assez bien pour le moment ; il te dit bien des choses, ainsi que Marie-Odile et Lenoir et Philomène pauvre petit dit-elle en parlant de toi, je laime si bien ! Ma cousine Céline tembrasse aussi, Louise et Thérése se rappellent à ton souvenir et beaucoup dautres amis, Alfred Garcia prie pour toi tous les jours. Léon est prisonnier et il nous a envoyé son portrait il nous dit avoir reçu celui de Nenette, voici son adresse, écrit lui sans faute il nous demande encore de tes nouvelles voici son adresse : Léon Guidez. Caporal 2eme Territorial Gefangenen lager N°3293 4eme compagnie Zwichau Saxe
Et Alfred qui est aussi prisonnier cest dommage quils ne soient pas ensemble.
De Sains nous navons jamais de nouvelles cela nous ennuie bien, si tu entendais parler des cousins Lèonide Aimé et Léon, ne manque pas de le dire dans ta lettre, quelquefois par Raymond puisque Louis correspond avec ; Léon Legrand était chauffeur dautos chez lui avant la guerre.
Mon pauvre Gust, mon papier diminue, il faut que je te quitte. Jai pensé pourtant quelques instants que je te causais, quel rêve ! ; quand on pense que ce sera un jour la réalité, à propos jaurais dû commencer par-là, un journal lancé dun aéroplane nous dit que tu étais en bonne santé, cest un journal du 8 juillet, je lai lu hier, et que tu corresponds avec Mr Lesaire au Créport ; Donne-lui souvent de tes nouvelles, ça nous arrive un jour ou lautre. Le 15 avril nous avions eu la même surprise on disait Louis Tirman et Auguste Capelle sont en bonne santé, cette fois-ci tu es seul.
Dimanche cétait lAscension Mr le Curé a rappelé que cétait la dernière fois que les hommes étaient à léglise avant de partir en guerre. On a beaucoup prié pour les absents, jai été bien contente mon cher Gust que tu pouvais bien accomplir ton devoir, nous communions souvent nous dit Louis, continue autant que tu peux, cest dans le cur de Jésus que nous nous retrouverons le mieux avec notre Nenette qui prie pour nous, sa tombe est toujours bien fleurie nen doute pas.
Mille baisers mon Gust pour tous pour ta Nenette, pour moi ta Clo. Embrasse bien fort Louis, dis-lui que jespère embrasser bientôt Maman.
Joubliais de te féliciter pour tes galons. Mon cousin Louis qui est toujours drôle dit que tu reviendras général, il tembrasse ainsi que ma cousine ;
Nous voyons souvent Angèle elle va bien ainsi que ses enfants.
Je ne peux pas tenvoyer dargent mais Louis nous dit que vous partager quand vous en avez. Remercies le pour moi. Jespère que tu nes pas trop malheureux, je crois tavoir déjà dit que je reçois 49fr par mois 35 pour moi et 14 pour Nenette.
