20/5/1940
Ma Petite femme chérie,
(...) Nous sommes partis hier matin et roulons depuis. Je me trouve à 20kms de chez nous, le croirais tu ? Nous avons appris avec stupeur l'avance des autres. Tu dois être bien inquiète mon aimée. Je crois, j'espère qu'ils vont être arrêter, la situation n'est pas critique, plus ils avancent plus ils risquent de se faire stopper par les ailes.
Je voudrais pouvoir te rassurer, mon p'tit, je te devine bien alarmée. Sois forte va, et même s'il te fallait partir, ce que je ne cois pas, ne t'affoles pas dis. J'espère qu'il n'y a plus de bombardements.
Je me demande si tu es encore là bas, je le souhaite au fond, la route n'est pas plus sure que notre village, je viens encore de m'en apercevoir, triste tableau que je ne peux te compter.
On dit que les Allemands sont à Arras et que notre contre offensive est déclenchée. Les nouvelles sont contradictoires. L'exode, le lamentable exode, continue ici. J'aimerai autant te savoir chez nous qu'ainsi lotie. Sois prudente mon aimée, pour toi, pour Claude, et pour l'autre dis. Ne te tracasse pas trop, reste confiante.
Que dire de plus mon aimée, si ce n'est que je t'aime plus que jamais, et que je n'ai qu'un souci, toi !
Cela va vite, tu verras et j'espère à présent et retrouver avant l'année prochaine pour vivre à nouveau heureux comme avant.
Comme je t'embrasse mon pauvre petit, bien tendrement, bien ardemment aussi.
Ton Charles