21/5/1940

Chérie, mon aimée,

On nous assure partout que toute la région de chez nous a été bombardée. rien ne me rassure, ma chérie, et je me demande avec inquiétude ce que tu es devenue. Pourvu qu'il ne te soit rien arrivé à Douvrin. Fais bien attention dis sans trop t'affoler de toujours vous mettre à l'abri. S'il fallait partir, ne te charge pas outre mesure, dis ne te charge pas trop surtout, un peu de linge, de quoi faire quelques repas froids et tout l'argent que tu possèdes. C'est inouï ce que nous voyons de gens, à pied, en voiture, fatigués, désorientés et qui ne savent pas même ou se rendre.

Mais quand donc aurai-je de tes nouvelles pour savoir enfin se qui ce passe là bas. A Vendin, mère à sans doute dû partir aussi. S'ils ne bombardent pas trop, mieux vaut rester sur place que vivre cette vie de bête traquée.

Ici nous faisons du camping, couchant dans un près, c'est la vraie vie quoi. Et ce qu'il y a de mieux c'est qu'ils arrivent toujours trop tard, bombardant les pauvres civils quand il ne reste plus un seul soldat. Méfiez-vous surtout quand les convois de troupes passent dans la région là-bas !

Mon aimée, mon cher petit, je voudrais être auprès de toi, pouvoir te rassurer te garder aussi. Mes plus ardents baisers de ton Charles.